Mauvaises raisons de voter OUI ! 2017-04-13T14:40:00+00:00

MAUVAISES RAISONS DE VOTER OUI !

Certains arguments entendus du côté des partisans d’un rattachement de Moutier au Jura méritent une réponse…

1. Les impôts sont légèrement plus favorables dans le Canton du Jura…

… mais la probabilité que cela dure est quasi-nulle !

Le rapport d’experts a montré qu’effectivement, pour certaines catégories de la population, les impôts peuvent s’avérer aujourd’hui légèrement moins élevés dans le canton du Jura que dans le canton de Berne. On ne saurait toutefois espérer que cette situation puisse perdurer. Le rapport d’experts le mentionne tout aussi clairement, une diminution dès 2020 des ressources issues de la péréquation fédérale (8 millions en moins pour le Jura) est déjà prévue.

Pour le Canton suisse qui « a le plus faible potentiel de ressources » (cf : site web du Département fédéral des finances : https://www.efd.admin.ch/efd/fr/home/themen/finanzpolitik/perequation-financiere-nationale.html ), une diminution de la solidarité confédérale signifierait immédiatement une obligation d’augmenter les impôts cantonaux, ou alors de tailler dans les prestations. On relèvera aussi que le Canton du Jura devra impérativement procéder à la recapitalisation de sa Caisse de pension ces prochaines années pour plusieurs centaines de millions (Berne l’a déjà fait) et que cela aura forcément un impact sur le contribuable.

Enfin, les comptes 2016 du Canton du Jura (https://www.jura.ch/CHA/SIC/Centre-medias/Communiques-2017/Comptes-2016-conformes-au-budget-et-reserve-conservee.html)
montrent que la situation financière n’est déjà pas très bonne, et que les perspectives ne le sont pas non plus…

2. Le Canton du Jura est désintéressé, généreux et s’adresse à Moutier dans une perspective fraternelle…

… mais il défend surtout ses propres intérêts !

Si le Canton du Jura n’avait pas intérêt à intégrer Moutier, il ne le proposerait pas. En fait, le transfert de Moutier lui permet de gagner d’un seul coup 7500 habitants supplémentaires, soit plus de 20 ans de croissance démographique au rythme actuel. Cette augmentation exceptionnelle offre à court terme d’intéressantes économies d’échelle, l’appareil administratif d’un petit canton étant proportionnellement plus coûteux. Sans parler des revenus fiscaux.

C’est aussi l’espérance d’une manne fédérale accrue qui stimule le Canton du Jura à accueillir Moutier, comme il l’indique lui-même (rapport du gouvernement à l’intention du Parlement jurassien, p.10) « En cas de transfert de la cité prévôtoise, le canton du Jura percevra probablement des revenus supplémentaires au titre de la péréquation financière fédérale, estimés à 26 millions de francs par les experts pour l’année 2016. Il utilisera ces ressources pour financer les prestations publiques supplémentaires qu’il sera appelé à fournir. ».

On ne peut pas en vouloir au Canton du Jura de penser aussi à son propre développement et à l’équilibre de ses finances cantonales. Mais il ne faut pas être dupe ! L’importance et la vitalité futures de Moutier ne sont pas sa priorité stratégique.

3. Le poids politique de Moutier serait plus élevé dans le Canton du Jura…

… Faux. Moutier ne serait plus une capitale régionale et ne pèserait que 10% des voix au Jura, avec un seul cercle électoral !

C’est vrai, la ville de Moutier n’est qu’une fraction modeste du grand canton de Berne, mais elle a la chance d’être la capitale et la plus grande ville du Jura bernois. Un départ dans le Canton du Jura ferait clairement rentrer Moutier dans le rang en la cantonnant dans un rôle de bourgade de 7500 habitants, en banlieue de la capitale Delémont.

De fait, si Moutier rejoint le petit Canton du Jura, elle n’en constituera que 10% environ. Cela signifie échanger un statut de minoritaire dans un grand canton, capable de peser sur la politique fédérale et de faire face à ses responsabilités, pour un statut de minoritaire dans un petit canton, bien sûr respectable, mais à l’influence, aux moyens et au potentiel beaucoup plus limité.

Dans le canton du Jura, Moutier pourrait aussi avoir un poids politique bien moins réjouissant que celui qui est aujourd’hui dépeint pour l’attirer. En effet, après la période promise de protection de 5 ans, l’obligation de constituer un seul cercle électoral signifiera sans doute une perte sensible du nombre de députés. Et probablement au profit des candidats de la ville-centre de Delémont.

Enfin, dans 5 ou 10 ans, que voterait la population jurassienne si elle devait se prononcer sur le choix d’un site hospitalier unique entre Delémont et Moutier… ?

4. Moutier pourrait plus facilement se développer dans le Canton du Jura…

… Justement pas ! Delémont restera toujours une priorité pour le Jura.

En termes de développement territorial, la seule certitude pour Moutier, en cas de départ dans le Canton du Jura, est de ne plus être la capitale du Jura bernois et de devoir renoncer à la fusion des 10 communes de la Prévôté (10’000 habitants), projet déjà bien étudié et aux avantages nombreux. Un sacrifice pour rien qui constituerait un double pas en arrière dans le développement futur de la ville et sa visibilité sur le plan national.

Il faut aussi considérer que le Canton du Jura a déjà pris, logiquement d’ailleurs, la décision politique de concentrer son développement territorial à Delémont, afin d’offrir à sa capitale les meilleures chances d’atteindre une certaine taille critique. L’arrivée de Moutier n’y changerait rien.

Pour Moutier, entrer dans le canton du Jura, c’est abandonner toute ambition de réel développement pour la ville. Soit choisir le scénario d’une petite bourgade rurale, isolée de sa région naturelle de la Prévôté, à la périphérie d’un plus petit canton et à l’ombre de sa capitale, Delémont.

En ce début du XXIe siècle, notre conviction est que les sources du développement économique d’une région suisse ne sont pas seulement dans l’appartenance cantonale, mais dans la capacité d’une région géographiquement, économiquement et culturellement homogène à s’organiser autour d’un projet commun et à fédérer les énergies. Pour Moutier, cette région, c’est la Prévôté. Il serait aberrant de ne pas jouer cette carte pour des questions identitaires d’un autre temps, dont la pertinence est chaque jour plus faible.

5. Le Canton du Jura dit vouloir implanter 170 emplois de l’administration cantonale à Moutier…

… mais Berne emploie actuellement près de 800 personnes à Moutier ! Changer de canton, c’est tout mettre en danger !

Le Canton du Jura dit vouloir implanter quelque 170 emplois de l’administration cantonale à Moutier pour compenser le départ de l’administration bernoise, ceci à travers l’arrivée de certains services spécifiques, selon le principe de « l’administration décentralisée ». Mais Berne offre déjà autant d’emplois administratifs. Et il s’agit de postes de travail réels, pas de promesses de politiciens désireux de gagner une votation devant le peuple !

Mais surtout, il faut considérer la totalité des emplois publics liés à l’appartenance cantonale bernoise, soit actuellement près de 600 postes en équivalent plein temps (170 postes dans l’administration, 100 dans l’enseignement et 320 à l’hôpital) occupés par environ 800 personnes au total. En cas de départ dans le canton du Jura, des centaines d’emplois seront remis en question, voire passeront à la trappe, notamment si l’hôpital ou le ceff Artisanat ferment.

6. Pour la petite ville de Moutier, être dans un plus petit canton serait un avantage…

… mais Moutier a la chance aujourd’hui d’être une capitale régionale incontestée. Au Jura, elle se retrouvera en compétition permanente avec Delémont, avec l’assurance de perdre !

Avec 10% de la population cantonale, Moutier serait minoritaire dans le canton du Jura, comme elle l’est dans le canton de Berne. Son avenir dépendra toujours de sa capacité à se faire entendre et à convaincre, comme à trouver des alliés au niveau cantonal. Or aujourd’hui, les intérêts de Moutier, ce sont les intérêts de tout le Jura bernois, une région de 54’000 habitants qui bénéficie d’un statut particulier dans le canton de Berne. C’est à ce titre qu’elle bénéfice d’infrastructures cantonales de premier plan, comme l’hôpital.

Dans le canton du Jura, Moutier serait seule pour défendre ses intérêts. Elle serait au surplus en concurrence constante avec Delémont pour son propre développement, alors qu’aujourd’hui, cela n’est pas le cas. Avec l’assurance de perdre à tous les coups ou presque face à l’attractivité de la capitale politique et principale ville jurassienne. Et le canton de Berne ne sera plus là pour la soutenir.
Si Moutier reste dans le Canton de Berne, de nombreuses collaborations intercantonales seront toujours possibles et les infrastructures bernoises pourront aussi continuer de profiter à la population du Canton du Jura. Laisser Moutier dans le Canton de Berne, c’est aussi assurer que celui-ci continuera à s’y impliquer.

7. Le canton du Jura est plus ouvert….

… ou pas ? Dans tous les cas, la population de Moutier sera toujours la même.

La notion d’ouverture est très subjective. Les adeptes de « l’ouverture » trouveront-ils davantage leur compte dans un petit canton périphérique rural 100% francophone, ou dans un canton bilingue avec de grandes agglomérations comme Berne ou Bienne, davantage en relation avec le reste du monde ? La question peut se poser…

Dans tous les cas, changer d’appartenance cantonale ne va pas changer la population de Moutier et les différences et préférences culturelles subsisteront bien après le 18 juin 2017. Il faudra continuer à vivre ensemble, quoiqu’il advienne.

Clairement, l’enjeu de cette votation est ailleurs et consiste à savoir quel canton offre à Moutier les meilleures chances de se développer ! Et Berne offre de bien meilleures garanties !

8. Il ne faut pas avoir peur, les garanties sont là…

… Faux, il n’y aucune garantie pour l’heure. Juste des promesses, qui valent ce qu’elles valent…

Le processus institutionnel de transfert d’une commune à un autre canton est compliqué. Le parlement jurassien, puis le peuple jurassien, devraient encore se prononcer sur le contenu exact de la « corbeille de la mariée », si Moutier décidait le 18 juin de quitter Berne pour le Jura.

A ce titre, les promesses formulées par le gouvernement jurassien sont à considérer comme l’expression d’un souhait politique, mais elles n’ont pas d’autre valeur. Toutes les mesures concrètes évoquées seront rediscutées après le 18 juin 2017, mais il serait alors trop tard pour faire machine arrière si le projet final issu du parlement jurassien s’avérait catastrophique pour Moutier.

Par exemple, le Canton du Jura prétend que l’offre de formation (scolarité obligatoire et secondaire) à Moutier resterait inchangée en cas de transfert dans le Canton du Jura. Notamment grâce à des accords avec le canton de Berne qui pourraient être signés pour que les élèves bernois puissent continuer d’y venir. Pour l’heure, rien de tout ceci n’est garanti. Les conditions ne sont pas connues, et il n’est pas sûr du tout que les communes bernoises avoisinantes et le Canton de Berne acceptent de se faire tondre pour financer les infrastructures scolaires d’un Moutier devenu jurassien.

Un argument important pour vous nous a échappé ? Dites-le nous ! (info@moutier-prevote.ch)